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L’Europe en fête, malgré tout...

Dimanche 9 mai, c’est la fête de l’Europe. À vrai dire, le contexte sanitaire, les difficultés d’accord sur la politique de lutte contre la Covid au sein de l'Union européenne, l’an un du Brexit, les replis égoïstes, les disputes au sujet de l’immigration, les querelles de souverainetés : autant de sujets qui, dans l’actualité récente, mettent en évidence une crise d’identité de l’Europe. Il n’est pas étonnant alors que les discours eurosceptiques fleurissent et trouvent des oreilles accueillantes. Alors, n’est-il pas incongru de parler de fête ? Non. Fêter l’Europe, c’est ne pas vouloir oublier tout ce qu’est déjà l’Europe ; et qui mérite célébration. Ce dimanche, notre président de la République sera à Strasbourg pour redire l’importance pour la France d’être un membre actif de cette Union européenne toujours en devenir. C’est dans les crises et les difficultés qu’il faut savoir montrer le cap et avoir le courage d’une politique. Ce sera l’occasion aussi de la signature du contrat triennal Etat et collectivités territoriales « Strasbourg capitale européenne » qui finance des actions menées par notre université. Une trentaine d’étudiants Erasmus de huit nationalités différentes seront présents au Parlement européen pour accueillir et entendre le président de la République. Car parmi les acquis les plus formidables, et surtout incontestables, de la construction européenne, il y a Erasmus. La peur de perdre une souveraineté nationale contre une hégémonie technocratique européenne ne sera certainement pas exorcisée par les replis sur soi frileux. Bien au contraire, la crise sanitaire nous a montré qu’il y a un vrai combat pour la souveraineté à mener : celui de la souveraineté de la soi-disant vieille Europe. Les nations resteront souveraines dans une Europe souveraine. Le splendide isolement est un leurre. Maîtriser notre destin européen, c’est accepter les différences de systèmes politiques, de langues, d’organisation de la recherche et de l’enseignement supérieur. C’est non pas se plaindre, mais se réjouir de la multiplicité des langues, et s’il faut bien parler l’anglais, il faut en même temps soutenir, en les pratiquant, en les aimant, toutes les langues et tous les dialectes de notre Europe. La vocation européenne de notre université avec, entre autres, Eucor - Le campus européen, et Epicur, doit être aux avant-postes de l’Europe. À ce titre, la présence de nos étudiants à la fête de l’Europe de ce dimanche est autant un symbole qu’un engagement. Les grands défis environnementaux, scientifiques et académiques ne pourront être relevés qu’à l’échelle européenne. Il est de bon ton de moquer les pères de l’Europe et leur optimisme d’après-guerre. N’étaient-t-ils que de doux rêveurs ? Voire. Jean Monnet, il y a cinquante ans, l’affirmait : « L’Europe se fera dans les crises, et elle sera la somme de toutes les solutions apportées à ces crises ». Alors, quand la faisons-nous, cette somme ?

Michel Deneken

Président de l'Université de Strasbourg

 

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