Université

L’Idex nous a donné une capacité à dire « oui »

Série 10 ans de l'Université de Strasbourg, épisode 2. Dans la décennie d’existence de l’Université de Strasbourg, l’Idex a été un élément majeur. Jusqu’à quel point son obtention a-t-elle impacté la trajectoire de l’université ? Trois questions à Serge Potier, vice-président délégué aux Investissements d’avenir.

Les universités strasbourgeoises ont fusionné en janvier 2009 et l’Université de Strasbourg a obtenu l’Idex en 2011. Selon vous, y a-t-il eu un lien de cause à effet ?
L’appel Initiatives d’excellence (Idex) a été initialement conçu pour faire émerger quelques grands pôles universitaires de rang international mais aussi pour inciter les établissements nationaux à se regrouper. À ce dernier égard, l’Université de Strasbourg avait, de par la fusion, un temps d’avance et un avantage compétitif en termes de gouvernance simplifiée. Pour autant, la qualité intrinsèque de notre projet, porté avec nos partenaires CNRS et Inserm, a été l’élément décisif.
En retour, je pense que l’Idex a permis de parachever la fusion et de renforcer le sentiment d’appartenance des personnels et des étudiants. En effet, le principe originel d’une Idex inclusive, transparente et ouverte à tous les champs disciplinaires et reposant sur des évaluations diligentées par les instances internes a rendu possible une appropriation par tous les membres de la communauté universitaire. La « preuve par 9 » a été apportée par le fait que les projets ont émané des trois domaines académiques (sciences humaines et sociales, sciences et technologies, vie et santé), qui de fait ont pu bénéficier à part égale des financements et soutiens.

Si vous deviez distinguer certains projets, quels seraient-ils ?
Il y a eu énormément de très bons projets en huit ans. Mais j’en vois trois qui sont tout spécialement emblématiques : l’Institut de développement et d’innovation pédagogiques (Idip), qui agit sur la sphère de la formation (lire encadré) ; l’Usias (Institut d'études avancées de l'Université de Strasbourg), qui nous a permis d’attirer des chercheurs de renommée internationale ; et le Pôle unique d’ingénierie (PUI), qui dans le cadre du pilotage de l’établissement, aide très concrètement les porteurs à répondre aux appels à projets nationaux et internationaux.
De manière plus large, les financements de l’Idex ont irrigué tous les domaines : la recherche, naturellement, mais aussi la formation, avec la création de filières d’excellence comme la licence Humanités, mais aussi l’acquisition d’équipements pédagogiques innovants comme le C@fé à l’IUT Robert-Schuman ou les salles de simulation dans les formations médicales, qui bénéficient très directement aux étudiants. Comme nous tenons beaucoup au caractère inclusif de l’Idex, il est important que les étudiants en bénéficient directement. Au-delà du renforcement des formations, ils ont pu profiter de plus de contrats doctoraux, des écoles d’été, de bourses de mobilité à l’international, de soutiens à des projets spécifiques comme « Creative thinkers » ou « Hacke ta fac ».

Plus fondamentalement, qu’est-ce que l’Idex a changé ?
L’innovation n’a de sens que si elle peut être accompagnée et l’Idex nous donne la capacité de pouvoir dire oui à beaucoup de projets innovants que nous n’aurions pas pu développer avec le soutien de base de l’université. C’est évidemment très motivant et encourageant pour les porteurs de projet. Depuis sa pérennisation, en 2016, l’Idex est plus que jamais un véritable outil de développement stratégique totalement intégré à la politique de l’université, avec la possibilité de soutenir en particulier des projets pluriannuels.
La limite du système tient peut-être à la difficulté à prendre en compte la suite des projets, une fois que le soutien de l’Idex se termine. C’est un problème auquel nous avons été peu confrontés durant la période probatoire puisque, par définition, les actions de l’Idex devaient être envisagées au maximum sur la période 2012-2016. Il se pose depuis que l’initiative est pérenne et pour en anticiper les effets, nous sommes très vigilants sur la soutenabilité des projets dès leur phase de conception.
L’Idex est un outil de pilotage extrêmement précieux qui permet au site de Strasbourg de poursuivre son développement avec ambition et avec l’audace des pionniers qui a prévalu à la fusion.

L’Idip, un projet emblématique de l’Idex

L’Institut de développement et d’innovation pédagogiques existe depuis six ans. Sa structure innovante et audacieuse et sa forte philosophie inclusive en font un projet emblématique de l’Idex.

Innovante

« Concernant la création de l’Idip, on peut parler sans hésiter de l’audace des pionniers ! » explique Sophie Kennel, qui dirige d’Idip depuis plus de deux ans. Bien sûr, il existait des services de pédagogie dans d’autres universités au moment de sa création, en 2013, mais sous une forme plus traditionnelle. C’est-à-dire qu’on y proposait des formations très académiques. Le caractère pionnier de l’Idip vient de son approche pédagogique, de la manière d’aborder les enseignements. Tout comme l’équipe de l’Idip essaie de sensibiliser les enseignants à la nécessité de mettre l’étudiant au cœur de la réussite, elle applique la même philosophie à ses propres apprenants : les enseignants. « Nous mettons en pratique les innovations pédagogiques dans toutes nos formations. Et ça, paradoxalement, c’est très innovant. »

Inclusive

L’institut est ouvert à toutes les personnes ayant une charge d’enseignement, quel que soit leur statut, leur discipline académique, leurs conditions réelles d’enseignement. « Ce n’est pas une tour d’ivoire pour quelques enseignants qui auraient les "moyens" de se former à la pédagogie (temps, petits effectifs, etc.) ». Dans les faits, l’Idip a formé ou accompagné 1 036 enseignants depuis sa création. La formation obligatoire des maîtres de conférences à la pédagogie va permettre d’améliorer encore cette couverture.
« En intégrant le pôle d’aide à la réussite étudiante, l’Idip associe de fait pédagogie et réussite étudiante. C’est une démarche très inclusive, qui envoie un message fort sur le fait que la pédagogie n’a pas d’autre sens que de faire réussir les étudiants ». Même philosophie pour les actions en faveur des Cordées de la réussite ou la pédagogie inclusive.

Symbolique de ce que pourrait devenir l’Idex

Entièrement financé par l’Idex à son démarrage, en 2013, l’Idip s’est étoffé (18 personnels), tout en diversifiant les sources de ses ressources, notamment financières : l’université prend désormais en charge une partie non négligeable de son fonctionnement, et la structure a mobilisé également des financements ministériels. « L’Idip se pérennise, sans perdre son fondement idéologique : on entre donc dans la perspective d’innover dans la durée. Une logique d’avenir pour l’Idex ? » conclut Sophie Kennel.

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