Université

« Une vision pour le bâti de l’université du 22e siècle »

S’il est une vice-présidence à la croisée des chemins, c’est bien celle du patrimoine immobilier. Alors que l’Opération campus se termine, avec la livraison cette année de bâtiments emblématiques, certains questionnements – capacité des locaux, tensions sur les matières premières – se font de plus en plus pressants. Nicolas Matt, nouveau titulaire de la fonction, répond à nos questions.

Vous succédez à un vice-président emblématique…

Yves Larmet est resté quatorze ans à cette fonction. C’est un challenge pour moi de prendre le relais sur une mission hautement stratégique, en équilibre permanent entre chirurgie fine et gros œuvre. En toute humilité, je me considère encore en apprentissage. On parle tout de plus de 550 000 m2 de bâti, 1 million de m2 de surfaces foncières, répartis sur cinq sites !

Il s’agit d’assurer au quotidien l’anticipation et le suivi des chantiers de construction, mais aussi, ne l’oublions pas, tout ce qui relève de l’entretien. Le patrimoine est fortement associé à une notion de transmission dans le temps. Tout ceci coûte très cher, il faut prioriser les opérations.

Les travaux ne se font pas sans engendrer de pressions supplémentaires sur les équipes pédagogiques et administratives. J’en mesure l’impact, cela peut créer des tensions voire des incompréhensions. Mon rôle est de fluidifier tout cela.

Ce n’est aussi qu’aujourd’hui que je prends la complète mesure du travail extraordinaire des équipes de la Direction du patrimoine immobilier (DPI), de la Direction des affaires logistiques intérieures (Dali) et du Service prévention sécurité environnement (SPSE).

Vous êtes également engagé dans des fonctions électives (à l’Eurométropole, à la Communauté européenne d’Alsace) : est-ce une force ou une faiblesse ?

Je suis entré en politique il y a plus d’une dizaine d’années. C’est une conviction profonde pour moi de continuer à assurer en parallèle mon activité d’enseignant-chercheur1. Ce n’est pas toujours facile au quotidien mais je considère cela comme un atout, et même une nécessité, pour rester connecté aux besoins réels, du territoire. Trouver une vision et un sens communs. L’université n’est pas et ne doit pas être hors-sol.

Ces fonctions en collectivités territoriales m’aident aussi dans la compréhension des enjeux stratégiques du poste de vice-président Patrimoine.

Je précise que lorsque je siège dans les collectivités, sur les questions liées à l’université, je suis tenu à m’extraire des débats et ne pas prendre part au vote, pour éviter tout conflit d’intérêt.

Un des enjeux cruciaux de votre mandat, c’est la fin de l’Opération campus…

Depuis 2009, elle a redessiné le visage de l’université. Certains bâtiments emblématiques doivent être livrés cette année : le Studium, le Planétarium, la Manufacture des tabacs2.

Il va désormais falloir trouver d’autres sources de financement. Si je prends le prochain Contrat de plan Etat-Région (2021-2028), ces deux financeurs nous ont fait connaitre le montant alloué à nos prochains gros projets immobiliers (nouvelle Faculté de médecine, nouveaux locaux de recherche en pharmacie, Centre de travaux pratiques-TP en dentaire, Centre européen de sciences quantiques…). Mais aucun n’est financé à 100 %, à l’exception de l’étude pour la requalification du site de la rue de Neuvic.

Près de 7 millions du Plan de relance nous ont été alloués, ciblés sur la rénovation énergétique.

Avec l’automatisation et la technicité croissantes des bâtiments, nos coûts d’entretien vont de facto augmenter ces prochaines années. Je pense au Cardo, au Centre de recherche en biomédecine de Strasbourg (CRBS).

Dans ce contexte, la dévolution du patrimoine immobilier, un temps envisagée, n’est plus une priorité.

Quelles sont-elles alors, ces priorités ?

L’accroissement considérable du nombre d’étudiants (de 42 000 à 60 000 depuis le début de l'Opération campus) est un enjeu majeur. Notre équipement n’est plus en adéquation avec la réalité. L’enseignement hybride peut être une partie de la solution, mais c’est une immense envie de présentiel qui s’exprime depuis deux ans. Nous manquons d’amphithéâtres de plus de 500 places et de grandes salles de TP. Requalifier la Tour de chimie et ses milliers de m2 est donc une opportunité énorme (lire encadré).

Conjugué à la complexification des parcours d’études, cela peut entraîner des difficultés d’ordre pratique pour les étudiants et les enseignants, amenés à se rendre d’un bout à l’autre du campus entre deux cours. Pour fluidifier et simplifier tout cela, je vais lancer dès cette année avec mes collègues François Gauer et Alexandra Knaebel, un important travail de réflexion sur l’offre de formation. Cela s’accompagnera d’une refonte d’ADE, le logiciel de réservation de salles, en concertation avec les composantes.

Effet de la crise sanitaire, les tensions sur le marché des matières premières nous touchent directement : cela entraîne des retards de livraison (vitres pour le Patio, certains approvisionnements pour le Planétarium). Le démarrage du chantier du Centre sportif prend aussi du retard, ce qui résulte aussi de difficultés avec les entreprises, récurrentes ces dernières années. Au final, le coût de certaines opérations se trouve renchérit de l’ordre de 20 %.

Je pense au campus de demain, celui du 21e, voire du 22e siècle. Raison pour laquelle le Schéma directeur immobilier, établi lors du précédent mandat, sera remis sur la table, pour intégrer les enjeux précités.

Propos recueillis par Elsa Collobert

1Au sein du laboratoire Modèles insectes d’immunité innée (UPR 9022), Institut de biologie moléculaire et cellulaire (IBMC)

2En plusieurs phases : The People Hostel livré en mai 2021 ; partie G2Ei (Engees/Eost) en 2022 ; Hear en 2023

Vers une requalification de la Tour de chimie

Emblématique du campus et de la ville mais épineuse à requalifier, la Tour de chimie attend encore sa nouvelle vie. Différents projets de réhabilitation du deuxième sommet de la ville (après la cathédrale) se sont déjà cassés les dents sur ses contraintes : une classification en « immeuble de grande hauteur » et une non-conformité aux normes antisismiques.

Mais cela pourrait bien changer : une consultation lancée dès son arrivée par le vice-président Patrimoine auprès des étudiants a recueilli 2 500 contributions. « Une participation très satisfaisante, se félicite Nicolas Matt. C’est une piste très sérieuse pour gagner des milliers de mètres carrés, manquants aujourd’hui pour l’enseignement et la vie étudiante ». Mais les travaux promettent d’être lourds : « Il faut complètement repenser un nouvel objet, changer sa nature ». Pour l’heure, le cabinet de conseil mandaté par la vice-présidence a proposé plusieurs scénarii. « Nous espérons être en mesure de proposer bientôt à nos financeurs des collectivités territoriales un scénario consolidé. » Dans tous les cas, « il ne faut pas s’attendre à voir la nouvelle Tour de chimie avant plusieurs années ».

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