Université

« Nous formons des musiciens intervenants engagés »

Abril Padilla est la nouvelle directrice du Centre de formation de musiciens intervenants (CFMI) de Sélestat depuis le 1er septembre 2021. Mise en place d’une prépa d’accès, débouchés professionnels, bientôt les 40 ans du diplôme… On fait le point sur la philosophie et les grands projets de l’établissement, département de la Faculté des arts.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

Je suis d’abord compositrice et artiste sonore, et également musicienne intervenante depuis 1997. Depuis bientôt vingt ans, j’interviens dans plusieurs CFMI en France (Lille, Orsay et Sélestat) autour de la création musicale, l’improvisation et l’invention avec des corps sonores. Ces aspects constituent l’une de signatures du CFMI de Sélestat depuis sa création, par Victor Flusser, aux côtés de la création de spectacles avec et pour les enfants.

La formation repose sur trois piliers : la transmission, la création et la médiation de la musique. Nous ne formons pas des artistes au sens strict, puisque nos étudiants sont déjà des musiciens – de tous profils et origines, l’étudiant du conservatoire, l’autodidacte, le spécialiste en musique traditionnelle… – mais des professionnels engagés, des citoyens sensibles à la transmission et à l’écoute. Cela ne se fait pas sans liens avec la recherche, la pratique du terrain nourrissant la réflexivité. Je suis moi-même docteure en musicologie.

Quels sont les grandes dates et les projets à venir pour le CFMI ?

Après les 30 ans de la fondation du CFMI en Alsace, célébrés en 2017 sous la direction de Sophie Marest, à qui je succède, nous célèbrerons les 40 ans du Diplôme universitaire de musicien intervenant (Dumi) en 2023. Ce diplôme a été créé en 1983, dans un contexte d’effervescence culturelle bien particulier. La France compte aujourd'hui neuf CFMI. L’idée à l’époque était de former des musiciens pour intervenir dans les écoles, mais le rayon d’action s’est bien élargi depuis : crèches, hôpitaux, Ehpad, milieux liés au handicap…

Ce qui offre beaucoup de débouchés professionnels ?

Tout à fait. Contrairement à une idée reçue, il y a des postes ! Nous recevons et relayons trois offres en moyenne chaque semaine dans le Grand Est. Et pas que dans les écoles de musique !

Combien d’étudiants votre enseignement concerne-t-il ?

Au CFMI, les études sont personnalisées : nous avons une jauge de 40 étudiants, soit 20 par promotion. En ce moment, ils sont 19. Le diplôme, qui s’obtient en deux ans, se situe entre la licence et le master. Notre souhait est de travailler à une troisième année de spécialisation, pour une meilleure lisibilité de l’offre et une meilleure reconnaissance du diplôme au niveau européen. Plusieurs CFMI le font déjà et trois pôles existent chez nous : musique et santé ; petite enfance ; création musicale. La formation continue va aussi commencer en 2022, ce qui permettra à des personnes en reprise d’études de suivre certains modules à la carte.

Autre grande nouveauté, la création d’une prépa…

Celle-ci sera destinée aux étudiants en musicologie, pour leur donner un avant-goût des cours chez nous. Ils pourront ainsi préparer un double diplôme et le test d’entrée, qui se déroule sur une journée et évalue les capacités et la culture musicale des candidats, tout autant que leur motivation.

Au CFMI, nous sommes riches de nos collaborations et de nos partenariats (lire encadré), pour aborder la diversité du métier de musicien intervenant, à travers trois pôles : création musicale (Abril Padilla-Thierry Blondeau), petite enfance (Mélanie Rougeux) et musique et santé (Chloé Frantz). Nos étudiants sont amenés à se nourrir d’apports artistiques très divers, en provenance aussi bien de la littérature (albums jeunesse mis en musique), de la danse et le mouvement (création de spectacles), d’arts plastiques (approches scénographiques), la fabrication instrumentale expérimentale et les nouvelles technologies (musique électroacoustique). Certains étudiants disposent déjà d’une licence ou d’un master, sont parfois en reconversion professionnelle. Nous maintenons possible des passerelles, pour favoriser la multiplicité de ces modes d’expression.

Propos recueillis par Elsa Collobert

  • A vos agendas : le CFMI ouvre ses portes le 12 mars, de 14 h à 17 h, avec un atelier de lutherie expérimentale, un concert d’improvisation et pleins de surprises musicales
     

 

De nombreuses ramifications artistiques et territoriales

En Alsace, le terreau est fertile pour la musique et les arts. « Nous travaillons beaucoup autour de la notion d’écologie, de la musique dans sa ville et son environnement », précise Abril Padilla. Le CFMI est ainsi totalement connecté avec son lieu d'implantation et son territoire. Des liens existent avec des structures régionales comme le pôle musical régional Cadence, la Haute école des arts du Rhin, le Fonds régional d’art contemporain (Frac) Alsace mais aussi des structures de proximité comme l’association de promotion des musiques actuelles Zone 51, ou l’Établissement et service d’aide par le travail (Esat) artistique et culturel L’Evasion.

Des résidences ont aussi été menées avec les festivals Momix et Musica, des collaborations nouées avec le pôle Musique et danse de l’Ecole supérieure d’art de Lorraine.

Les artistes locaux – pour certains à rayonnement international – ne sont pas en reste : « Nous comptons dans les rangs de nos intervenants Sylvie Chantriaux, spécialiste du gamelan (percussions) ; Guy Reibel, compositeur de musique concrète et spécialiste de l’improvisation vocale, et une riche équipe pluridisciplinaire : Emmanuelle Zanfonato (comédienne, chanteuse, théâtre d’objet), Régine Westenhoeffer (chorégraphe, comédienne) ou encore Xavier Fassion (compagnie Dégadézo), parmi bien d’autres artistes ».

CoRTecS, « vers une juste repr... Changer d'article  Une première journée de format...