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Un an après le Brexit, quel impact pour les échanges avec le Royaume-Uni ?

Le Royaume-Uni est officiellement sorti de l’Union européenne le 1er janvier 2021. Si Londres se retire du programme Erasmus, le Brexit n’acte pas la fin des échanges universitaires de formation et de recherche, qui se poursuivent sous de nouvelles formes. Les éclairages d’Irini Tsamadou-Jacoberger, Rachel Blessig et Pierre Mirabel.

« Le Royaume-Uni (RU) est pour nous un partenaire de premier plan », rappelle Irini Tsamadou-Jacoberger, vice-présidente Europe et relations internationales (RI). Tout comme dans les autres universités françaises, il s’agit de la destination la plus prisée des étudiants pour un séjour Erasmus études, « après l’Allemagne, notre partenaire historique ». Pas question donc, après le séisme du Brexit, de renoncer à ces échanges structurants « à tous les niveaux, pour les mobilités de formation, de recherche, celles de personnels Biatss ou encore les stages », avec un partenaire doté d’universités prestigieuses, actrices d’une recherche de très haut niveau.

« Maintenir la dynamique des échanges »

« Dès le lendemain du référendum de 2016, au fur et à mesure qu’il devenait clair que le RU allait quitter l’Union européenne (UE), nous avons commencé à travailler à des alternatives, pour maintenir le lien et la dynamique des échanges », précise Rachel Blessig, directrice RI. En 2020, un budget Idex est obtenu par la vice-présidence RI pour mettre en œuvre une politique de coopération post-Brexit. Première mission : cartographier les partenariats formation et recherche au Royaume-Uni existants. En 2021, qunize accords bilatéraux sont signés pour permettre de continuer la réciprocité des échanges universitaires.

« A partir de septembre 2022, on change de nouveau paradigme : on passe d’un système très souple, encadré par l’Europe, à la nécessité de négocier en bilatéral en direct avec des partenaires historiques ou avec de nouveaux partenaires. »

Erasmus prolongé jusqu’au 31 août 2022

Très concrètement, « pour cette année universitaire, les mobilités Erasmus au RU sont encore assurées parmi les 56 partenaires », grâce à un prolongement du contrat liant les universités britanniques à l’UE. « Il vous est donc encore possible de partir jusqu’au 31 août 2022 ! » encouragent Irini Tsamadou-Jacoberger et Rachel Blessig. En cette année charnière de basculement de programmation (2021-2026), l’enjeu est avant tout d’assurer la réciprocité des échanges, automatique dans le cas d’Erasmus : « La négociation d’accords bilatéraux est centrale, car c’est seulement à cette condition que nos étudiants peuvent être accueillis là-bas sans avoir à payer d’exorbitants frais d’inscription. Nous espérons bien encore étoffer pour l’avenir les quinze accords bilatéraux d’ores et déjà négociés ».

Priorité pour 2022 : consolider ces accords, « négociés dans l’urgence pour assurer d’abord qu’il n’y ait pas d’année blanche pour les échanges, afin d’assurer leur pérennité pour au moins les cinq années à venir. Il nous faudra aussi relancer les composantes pour finaliser ces accords bilatéraux.

Côté recherche

Côté recherche - 55 activités avec le RU répertoriées - , la situation est rapidement apparue moins pressante aux équipes politiques et administratives. « Des coopérations sont encore en cours, mais sur l'ancien programme H2020, souligne Pierre Mirabel. Nous n’avons pas encore de projet commun validé dans le cadre de la nouvelle coopération avec le RU. » Etant désormais un pays hors-UE, le RU acquiert le statut de pays associé, avec les mêmes droits et obligations, qu’il s’agisse « des programmes Interreg, Marie-Curie, Euratom, Copernicus ou encore Horizon Europe ». Sur ce dernier, « les Anglais sont toutefois exclus du volet Innovation », précise le directeur de la Direv (plus de précisions en encadré). « Tout comme en formation, il va falloir diversifier les approches et nos actions de coopération avec les établissements britanniques », ajoute la vice-présidente. Pour cela, l’Unistra peut compter sur son fort ancrage dans les réseaux internationaux, à commencer par la Leru et l’Utrecht Network.

Enfin, seul l’avenir le dira, mais on se dirige sûrement vers une diversification des échanges dans la sphère anglo-saxonne : « Davantage de mobilités vers des destinations anglophones Erasmus comme l’Irlande, pointe Rachel Blessig. Et de nouveaux partenaires à aller chercher, comme par exemple l’Ecosse, qui s’est montrée très volontariste sur la question. »

Elsa Collobert

Le Royaume-Uni dans les projets de recherche européens : quelques dispositions pratiques

  • Les participants du RU sont en capacité de diriger des consortiums de projets.
  • Le RU ayant décidé de ne pas prendre part aux instruments financiers de l'UE, les entités britanniques ne sont pas éligibles pour participer à la partie European Innovation Council (EIC) Fund de l'EIC Accelerator. Elles peuvent demander des subventions dans le cadre de l'accélérateur, mais elles ne pourront pas bénéficier de prêts ou de fonds propres. Elles peuvent également participer sur un pied d'égalité avec les entités des États membres de l'UE et d'autres pays associés à la composante Pathfinder de l'EIC.
  • Le RU devrait également être associé au programme de recherche et de formation Euratom, ainsi qu'aux activités liées à la fusion menées par l'entreprise commune européenne pour le Réacteur thermonucléaire expérimental international (Iter) et le développement de l'énergie de fusion (F4E) dans le cadre de l'accord Iter et de l'accord sur l'approche élargie.
  • Le RU ne participera pas au Fonds européen de défense, qui a une base juridique différente et n'est pas couvert par l'accord de commerce et de coopération.

En chiffres

56 universités partenaires dans le cadre d’Erasmus pour 17 composantes Unistra

15 nouveaux accords bilatéraux négociés avec échange d’étudiants

55 activités de recherche communes

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