Focus

Violences sexistes, sexuelles et homophobes : « Mettre les victimes en confiance »

Depuis 2018, le dispositif d’accompagnement des victimes de Violences sexistes, sexuelles et homophobes (VSSH) de l’Unistra fonctionne selon un principe original, main dans la main avec l'association SOS Aide aux habitants. Une garantie salutaire de neutralité, que les victimes souhaitent se lancer dans une procédure contre leur agresseur ou non. On fait le point à l'approche de la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre.

C’est un choix rare dans les universités françaises : travailler avec un partenaire extérieur, pour mieux accompagner les victimes de Violences sexistes, sexuelles et homophobes (VSSH). Un choix qu’a fait la vice-présidente (VP) Egalité-Parité-Diversité, Isabelle Kraus, il y a maintenant quatre ans (elle était alors VP déléguée). Le dispositif est même cité en exemple dans les médias nationaux (RTL, dernièrement).

Ce partenaire, c’est l’association SOS Aide aux habitants – France Victimes 67, très bien implantée localement (lire encadré). « Nous sommes spécialisés dans l’accompagnement des victimes, quelle que soit l’infraction subie, sanctionnée par le code pénal : escroquerie, vol, accident de la route, terrorisme, violences conjugales, viol… », explique sa directrice générale, Faouzia Sahraoui. Elle-même psychologue, elle est entourée de juristes, psychologues et travailleurs sociaux. La collaboration avec l’université, matérialisée sous forme de convention, concerne uniquement les VSSH.

Très concrètement, deux personnes référentes de l’association, psychologue et juriste, assurent une permanence hebdomadaire, le mardi, dans un lieu, extérieur à l’université mais proche. « C’était très important d’avoir ce point d’entrée. C’est d’ailleurs la première raison qui a motivé notre rapprochement : offrir aux personnes victimes au sein de l’université un lieu de parole extérieur à l’institution », précise Isabelle Kraus.

« Chaque situation est singulière »

« Tous les cas de figure se présentent : des personnes qui nous saisissent au sein de l’université et qui souhaitent faire connaître leur situation à l’établissement pour qu’une procédure en interne soit lancée ; d’autres qui ne le souhaitent surtout pas ; certaines enfin qui sont victimes dans le cadre privé et qu’on réoriente vers l’association (ce qui explique en partie le déséquilibre dans le nombre de situations suivies, lire encadré). Dans tous les cas, nous privilégions un suivi individualisé, car chaque situation est singulière », rajoute Isabelle Kraus, qui tient à préciser que le dispositif interne à l’Unistra est composé de deux étapes  bien distinctes (lire encadré).

« Ce que permet notre association, agréée par le ministère de la Justice, reprend Faouzia Sahraoui, c’est d’offrir aux victimes un intermédiaire avec l’institution judicaire. Nous pouvons les accompagner pour porter plainte ou écrire directement au procureur de la République. Nous les informons sur le déroulé de la procédure, afin qu’elles aient toutes les clés en main pour décider de s’y lancer ou non, et pouvons les renseigner sur l’avancée de leur dossier, une fois le pas franchi. » A partir de son évaluation de la situation, l’association est aussi en mesure de formuler des recommandations à la justice concernant des mesures d’éloignement, bracelet anti-rapprochement ou téléphone grave danger.

« Ce rôle de facilitateur de l’association se manifeste à travers son travail d’accompagnement, auprès des victimes, mais aussi des personnes qui côtoient, dans le cadre de leur travail, victime ou personne mise en cause, ajoute Isabelle Kraus. Ces personnes s’interrogent souvent sur l’attitude à tenir et ressentent parfois un conflit de loyauté envers la victime. Une réunion peut alors être organisée avec les parties prenantes. »

Adhésion de la victime

Outre la confiance, le maître-mot de SOS Aide aux habitants, c’est « l’adhésion de la victime. Aucune procédure n’est lancée sans son accord. Quand l’infraction est caractérisée et les preuves suffisantes, on l’incite à porter plainte. Chaque situation étant singulière, chaque victime a des besoins différents : obtenir réparation, ou seulement être écoutée et suivie psychologiquement. Certaines viennent nous voir deux ou trois fois, d’autres nous les suivons depuis plusieurs années, car le processus judiciaire est long. »


Ces valeurs sont partagées par les personnes en charge du suivi des situations de VSSH au sein de l’Unistra, à l’origine la qualité de la relation de travail tissée au fil des quatre années de partenariat. « Nous sommes en contact fréquent pour mieux articuler notre complémentarité d’actions, ou pour réorienter des situations », souligne encore Isabelle Kraus. Le tout dans le plus grand respect de la confidentialité. A l’avenir, le travail commun va s’amplifier, avec la mise en place de formations communes à destination des personnels et des associations étudiantes*.

Elsa Collobert

  • Permanence de SOS Aide aux habitants : tous les mardis, à l’antenne proche du campus de l’Esplanade. Prise de rendez-vous par téléphone (donner le mot de passe « Université » pour garantie de confidentialité) : 03 88 79 79 30.
  • Sexisme et harcèlement à l’Université de Strasbourg : la page dédiée

* Un appel à projets vient d’être remporté, avec l’Afges, la BNU, l’Insa, l’Unistra et SOS Aide aux habitants – France Victimes 67.

Le dispositif de lutte contre les VSSH interne à l’Unistra

« Il faut bien différencier l’écoute et l’accompagnement de la victime par la cellule et le lancement d’une procédure interne », précise d’emblée Isabelle Kraus.

  • Cellule d’écoute et d’accompagnement : lieu de parole et d’accompagnement des victimes. Composée de quatre personnes de l’université (l’assistante sociale des personnels et la psychologue du travail, pour les personnels ; deux médecins du Service de santé universitaire, pour les étudiants), soumises au secret professionnel.
  • Déclenchement d’une procédure interne : elle implique la Direction des ressources humaines, le Service des affaires juridiques et institutionnelles (Saji), la mission Egalité-Parité-Diversité*.

* Bénéficie du soutien de l'Initiative d'excellence, dans le cadre des Investissements d'avenir

En chiffres

200 cas suivis annuellement par l’association depuis la mise en place du partenariat (réorientés depuis l’Unistra et les établissements associés, dans le cadre du contrat de site), 20 par l’université.

« Nombre de saisines dans le cadre universitaire concernent en fait des situations de violences familiales ou conjugales. Notre partenariat nous permet de les réorienter vers l’association. Nous suivons les cas qui se sont déroulés à l’Unistra ou lors d’évènements liés à l’Unistra. » (Isabelle Kraus)

SOS Aide aux habitants

Née dans les années 1980, l’association SOS Aide aux habitants est composée de 35 personnes à temps plein, des psychologues et des juristes, mais aussi des travailleurs sociaux. Ses 18 lieux d’accueil sont répartis sur tout le département.

Agréée par le ministère de la Justice, l’association compte de nombreux champs d’action : aide aux victimes, accès au droit, médiation (pénale, sociale, scolaire), soutien à la parentalité, prévention de la radicalisation. Membre notamment de France Victimes, SOS Aide aux habitants agit à travers toutes formes de réflexions et de formation, de propositions, d’actions sur le cadre de vie et spécifiquement sur le mode de la proximité. Elle intervient dans les deux Bureaux d’aide aux victimes (BAV) de Strasbourg et Saverne, en lien avec les juridictions de ces deux territoires. Des permanences sont assurées aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, et des astreintes pendant les week-ends et les jours fériés à l’Hôtel de police de Strasbourg.

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