Communauté

Avec Le Taurillon, Théo Boucart « incarne l’Europe »

Fervent partisan de l’intégration européenne, tendance fédéraliste, Théo Boucart s’engage au quotidien à travers l’association Les Jeunes européens et son magazine, Le Taurillon. Il est le co-rédacteur en chef de cette revue éditée en sept langues, récemment distinguée par un prix de la presse européenne (lire encadré).

Entre Strasbourg et Bruxelles, son cœur n’a pas balancé longtemps : confronté il y a un an à ce choix pour son avenir professionnel, Théo Boucart a opté pour « Strasbourg et sa qualité de vie ». Lorsqu’on parle au jeune homme de 26 ans, l’Europe et son engagement en faveur de l’union n’est jamais bien loin. La preuve : un gobelet et un tote bag floqués de la bannière étoilée sont à portée de main dans son bureau du Nouveau Patio.

« Entre un passage par l’Office franco-allemand de la jeunesse et mes expériences en Allemagne, ça fait des années que je jongle entre activités associatives et professionnelles. » Le poste de chargé d’insertion franco-allemande* était donc un peu fait pour le co-rédacteur en chef du Taurillon ! Théo commence à y écrire « un peu par hasard », aiguillé par un ami de l’Université de Cergy-Pontoise où il étudie alors. Émanation des Jeunes européens (JE), la publication en est autonome, « mais pas indépendante », précise Théo, qui n’a rejoint l’association que dans un second temps.

Européen pragmatique

A l’image de l’institution qu’il chérit, Théo se plaît à jouer à saute-frontières et passe allègrement d’une langue à l’autre (il en maîtrise sept ! – allemand, anglais, catalan, finnois, français, néerlandais et portugais - « pas toutes au même niveau », tient-il à préciser). Originaire de la région parisienne, il a vécu à Brême et Cologne, fait des séjours en Scandinavie et aux Pays-Bas. Théo tient toutefois à nuancer une image trop romantique : « Je suis un Européen pragmatique, plus qu’idéaliste ». En Allemagne, il a tenu à « s’immerger dans la culture, loin des cercles internationaux et "globish", pour mieux appréhender les schémas mentaux des Allemands ». Son expérience Erasmus à Düsseldorf, en 2017, ne l’a pas « transformé » comme d’autres. « Je m’y suis fait de nombreux amis britanniques, mais cela ne m’a pas fait changer d’avis sur le Brexit. Je pensais déjà qu’ils n’avaient pas leur place dans l’UE, leur vision de l’union étant trop éloignée du fédéralisme que je défends ».

Mais alors, pourquoi s’engager en faveur d’une union qu’il a toujours connue ? « C’est vrai, je suis né au milieu des années 1990, la monnaie unique et la libre circulation ont toujours coulé de source pour moi. »

Divergences

Il grandit dans une famille « plutôt pro-européenne mais pas militante », et garde « un souvenir un peu flou » du référendum de 2005, un peu moins flou de la ratification du traité de Lisbonne en 2009. Sa curiosité pour les affaires européennes est aussi éveillée « par certains cours d’histoire-géo, au collège ». Pour autant « on dit que les hommes passent et les institutions restent, mais je ne suis pas forcément d’accord ». Entre la montée des nationalismes et des populismes, corrélés à une progression du sentiment anti-européen, l’union est menacée de toutes parts. « Je n’irais pas jusqu’à faire un parallèle avec les années 1930, mais je pense qu’à l’avenir on va devoir s’engager plus frontalement si on veut conserver les acquis de l’intégration européenne. »

Informer fait partie de cet engagement : « Mais attention, ce n’est pas parce qu'on défend l’Europe qu’on s’empêche de critiquer l’institution ! Ils sont par exemple très mauvais en communication. » De là à expliquer un désamour des jeunes ? « C’est vrai que c’est un problème, reconnaît Théo, qui constate que même si le comité de rédaction du Taurillon est plutôt estudiantin, avec une moyenne d’âge de 23-24 ans, « ce n’est sans doute pas notre premier lectorat – on traite avant tout de l’actualité institutionnelle ». Tout comme parmi les États-membres, des divergences existent jusque dans le comité de rédaction : « On n’a pas forcément la même vision de l’Europe entre les rédactions française, polonaise, roumaine… » Un patient apprentissage quotidien et concret de la construction européenne !

Elsa Collobert

* Double rattachement à Eucor - Le Campus européen et Espace avenir, financé dans le cadre d’un Idex

 

Le Taurillon, seize ans d’engagement pro-européen

Lauréat début juin du prix de l’Initiative européenne 2020, décerné depuis 2003 par le Club de la presse européenne et la Maison de l’Europe de Paris (photo), Le Taurillon compte sept éditions nationales (française, allemande, anglaise, espagnole, italienne, polonaise et roumaine). Le site a d’abord été lancé en France, en 2005, pays qui compte encore aujourd’hui « les plus gros bataillons de rédacteurs (entre 30 et 40) », dixit Théo Boucart.

Il existe quelques éditions locales papier, dont celle de Strasbourg.

Théo assure la co-rédaction en chef du site avec Jérôme Flury, diplômé du Centre universitaire d’enseignement du journalisme (Cuej, Université de Strasbourg).

Déjà distingué en 2012 par le prix du Citoyen européen décerné par le Parlement européen, Le Taurillon est en lice, dans sa version allemande, pour le prestigieux prix Charlemagne.

Le site enregistre 200 000 connexions mensuelles : « Ça paraît beaucoup, mais n’oublions pas qu’on raisonne à l’échelle d’un continent. Pour comparer, l'appli Ouest-France réalise quotidiennement 20 à 22 millions de lectures, soit l’ensemble des lectures de notre site depuis son lancement ! »

Théo, co-rédacteur en chef depuis novembre 2019, cédera la main cet été : « Il faut savoir s’arrêter et transmettre ce genre de responsabilités à d’autres ».

Crédit photo : Monica Rangel - Jeunes Européens, Strasbourg

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