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L’exposition « Panser l’objet, penser le temps », la restauration d’objet sous tous ses angles

Quelles sont les trajectoires des objets exposés dans un musée ? De leur utilité première à leur exposition dans une galerie, jusqu’au 26 juin, l’exposition « Panser l’objet, penser le temps » nous permet de découvrir leur parcours, et le travail de restauration dont ils font l’objet. Plus encore, elle interroge les cicatrices que laissent le travail du restaurateur et qui font partie intégrante de l’objet. 

C’est autour de ce questionnement que les étudiants du master 2 Muséologie : patrimoines immatériels et collections de l’Université de Strasbourg, ont pensé cette exposition.

De la scénographie, aux choix des objets exposés, en passant par le graphisme des affiches, ces 14 étudiants ont réalisé un travail colossal pour monter, en seulement 8 mois, une exposition conçue pour faire réfléchir sur la notion du temps et de la réparation.

Comme nous l’explique Agathe Cahuzac, l’une des étudiantes organisatrices : « Le nom de notre exposition « Panser l’objet, penser le temps » soulève cette aspect de la restauration, qui permet de réparer et de soigner, mais qui pousse aussi à s’interroger sur la manière dont l’objet s’inscrit dans le temps ».

Léa Godeux, une autre étudiante organisatrice, ajoute : « Certains objets exposés ici contiennent des fibres végétales par exemple. Ils sont voués à s’abimer. On ne peut pas lutter contre le temps qui passe, et le travail d’un restaurateur n’est pas de faire disparaitre les marques du temps. Les fêlures font parties de l’objet ».

La vingtaine d’objets exposés est issue de la collection ethnographique de l’Université de Strasbourg. Ils ont, à l’origine, été collectés lors des grandes missions scientifiques durant la première moitié du 20e siècle. Au total, la collection de l’université compte plus de 350 objets, qui sont aujourd’hui conservés à la Maison interuniversitaire des sciences de l’Homme - Alsace (Misha).

La deuxième partie de l’exposition est consacrée au travail de trois artistes contemporains, Arna Gna, Valentine Cotte, et Enzo Mianes. Les œuvres interrogent, elles perturbent, et apportent un nouvel éclairage sur les questionnements autours du temps et de la réparation que soulevait la première partie de l’exposition.

Zoé Fournier

  • Galerie Art’Course, 49 A rue de la Course, 67000 Strasbourg
  • Exposition jusqu'au samedi 26 juin, du mercredi au vendredi de 15 h à 19 h et du samedi au dimanche de 14 h à 18 h

Léa Godeux présente le masque Kurumba

« Ce masque représente une tête d’antilope, traditionnellement il était porté lors des cérémonies funéraires, dans certaines tribus du Burkina Fasso. Avant le travail de restauration d'Alain Renard, restaurateur spécialisé en objets ethnographiques, toute la corne se désolidarisait, il l’a remis droite, d’ailleurs on en voit toujours la trace. C’était un grand moment pour Gaëlle Weiss, une de nos professeurs, elle était très émue ! On peut voir aussi que la partie basse du masque présente des signes d’infestations par différents insectes. Mais l’idée ce n’est pas de reboucher les trous. Ils rendent le masque friable, mais cela fait partie de l’objet maintenant. »

L'œuvre de Valentine Cotte présentée par Agathe Cahuzac

« Pour son œuvre, Valentine Cotte a récupéré des jouets d’enfants, elle les a enduits de céramique liquide, puis les a fait cuire à très haute température. A la fin du processus, il ne reste quasiment plus rien des jouets d’origine. Cette méthode évoque l’embaumement des corps, ce qui fait écho de manière forte à l’idée de « panser l’objet ».  On retrouve le processus de soin, associé à celui du deuil. »

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