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« La pandémie a braqué le projecteur sur des difficultés pré-existantes »

L’assistante sociale des personnels (Service social des personnels) dresse un bilan des difficultés qu’elle a observées depuis un an. Si la crise sanitaire en a accru certaines, elle n’a bien souvent joué qu’un rôle d’accélérateur, procédant même à certains rééquilibrages, tient à relativiser pour partie Véronique Henriot.

Quelles observations tirez-vous de l’année passée ?

L’irruption de la crise sanitaire a eu un réel impact sur le travail social. Avec les interlocuteurs vers lesquels je renvoie, nous avons été en première ligne – et le sommes encore aujourd’hui. J’ai dû redoubler de vigilance, non seulement pour les personnes vulnérables déjà suivies, mais aussi pour les nouveaux dossiers.

Avant d’accroitre les difficultés financières, la crise a d’abord accentué les inégalités femmes-hommes dans le foyer, pour tout ce qui a trait à la répartition des tâches domestiques, et aussi malheureusement la hausse des violences conjugales. J’ai noté une sur-représentation des femmes parmi les nouvelles personnes reçues.

De manière générale, cette crise a mis en lumière des difficultés pré-existantes, la pandémie venant se surajouter aux difficultés. C’est le cas par exemple pour le logement (insalubrité, sur-occupation), pour certains devenu insupportable à occuper avec le confinement et le télétravail. Une problématique que je n’avais pas eu à traiter jusqu’alors. Autre chose, qui a concerné certains agents, c’est le retour au domicile des enfants majeurs, privés de petits jobs. Ce qui induit une charge financière supplémentaire, pour la nourriture mais aussi parfois pour le logement étudiant, que l’on continue à payer.

Que faites-vous face aux cas de violences intra-familiales ?

Heureusement, aucun cas de violence à l’encontre des enfants ne m’est parvenu. Trois cas de violence conjugale ont été orientés vers le point d’accueil victimes du commissariat de police, où les agents sont formés à répondre à ces situations. Il s’agit des cas les plus graves ; avant d’en arriver là, d’autres solutions existent, comme les permanences du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (Cidff) et celles, gratuites, d’avocats, vers lesquelles je renvoie.

Comme je l’ai dit, la crise est venue comme un grain de sable révéler les dysfonctionnements dans certains couples, et mettre à mal des situations déjà fragiles.

Je note aussi une grande disparité dans la réaction adoptée, en fonction du caractère, mais aussi des ressources, financières, relationnelles, que chacun est à même de mobiliser.

Vous n’avez noté que dans un second temps l’aggravation de la précarité financière…

Oui, car les agents Unistra, du fait du maintien de salaire, ont été relativement préservés de ce côté-là : les activités universitaires sont dans leur majorité télétravaillables ou peuvent être maintenues sur site, sans chômage partiel. Mais cela a pu se présenter à la marge, notamment dans les foyers où le second conjoint a perdu son emploi. J’ai donc eu quelques personnes nouvellement tombées dans la précarité qui ont poussé ma porte.

Comment cela s’est traduit en termes de chiffres ?

J’ai reçu neuf dossiers supplémentaires d'aide financière avec motif Covid en 2020.

Pendant le confinement du printemps dernier, quinze dossiers d'aides financières (remboursables ou non) ont été traités avec les membres du bureau du Service pour la promotion de l’action sociale (Spacs) (lire encadré).

A noter qu’à l’inverse, le budget de certains ménages « dans le rouge » a pu se stabiliser grâce aux économies réalisées (transports, restauration extérieure).

Comment avez-vous continué à travailler ?

Ma pratique a incontestablement été bousculée, d’autant que je n’avais pris mon poste que sept mois auparavant. Il a donc fallu faire preuve d’adaptabilité pour continuer à maintenir le lien. J’ai continué à recevoir au maximum les personnes suivies en présentiel.

Stéphanie Scarfone, directrice du Service de santé au travail et médecin, m’a partagé une liste très utile de personnes ressources, professionnels du secteur médico-social hors université. Dont certaines vers lesquelles je n’avais encore jamais renvoyé, comme des associations caritatives…

Propos recueillis par Elsa Collobert

L’action sociale, une compétence du Spacs

Lorsqu’on entend « Spacs », on pense vente de billets de spectacle, séjour au ski ou activités artistiques et sportives.

Outre l’organisation d’activités subventionnées, les membres du bureau du Spacs procèdent à l’étude des dossiers d’aides financières de prestation d’action sociale, lorsqu’il est sollicité. L’attribution d’aides est décidée lors de commissions mensuelles. « En raison du contexte, nous avons dû parfois dédoubler ces réunions, qui se tiennent maintenant virtuellement deux fois par mois », explique Véronique Henriot.

Le soutien logistique du Spacs est donc précieux pour l’assistante sociale des personnels.

Site du Spacs

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