Focus

L’Insectarium, des moustiques et des hommes

Les trois prix Nobel Jules Hoffmann (physiologie ou médecine), Jean-Pierre Sauvage (chimie) et Jean-Marie-Lehn (chimie) signent le ruban d'inauguration de l'Insectarium.
Les trois prix Nobel Jules Hoffmann (physiologie ou
médecine), Jean-Pierre Sauvage (chimie) et
Jean-Marie-Lehn (chimie) signent le ruban
d'inauguration de l'Insectarium.

Les moustiques étaient au centre de toutes les conversations, lundi 1er octobre, à 11 h. À l’occasion de l’inauguration de l’Insectarium, chercheurs et institutionnels se sont retrouvés au sein de l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire (IBMC) pour une inauguration en règle, où pas un moustique n’était convié...

Paludisme, dengue, virus Zika... L’Insectarium, extension de l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire (IBMC), est dédié à l’étude et à la compréhension des maladies transmises par le moustique. Financé par l’État − dans le cadre de l’Opération campus − et par le CNRS, son équipement est assuré par le programme des Investissements d’avenir Equipex I2MC, sans oublier le soutien des collectivités.

« Longue vie aux moustiques »

La matinée a été marquée par une série de discours des différents acteurs du projet. Un peu d’histoire d’abord avec Jules Hoffmann, prix Nobel de physiologie ou médecine 2011 et chercheur à l’IBMC, qui rend hommage à son ancien directeur de thèse. « Il m’avait proposé de travailler sur les insectes. La grande question était de savoir comment ces derniers, qui représentent 80 % des espèces vivantes, transmettent des maladies sans en souffrir eux-mêmes : quelle est la base de leur résistance ? À l’époque, il y a 55 ans, on ne connaissait rien aux mécanismes de défense », se souvient le chercheur, avant de revenir sur la découverte concernant l'immunité chez les mouches drosophiles qui lui a valu le Nobel.

Jean-Luc Imler, directeur de l’IBMC, précise pour sa part que tout l’enjeu de l’Insectarium est d’étendre les travaux menés sur les mouches aux moustiques vecteurs de maladies. « L’objectif n’est pas de les éliminer mais de comprendre l’interaction entre ces derniers et les virus. » Après quoi, place à une note d’humour avec Michel Deneken, président de l’université, très inspiré par l’insecte qui salue les trois Nobel en présence, parlant « d’une concentration aussi dangereuse que les moustiques ». Et d’espérer qu’il vaudra à Strasbourg un autre Nobel, qui sait ? « Longue vie aux moustiques et aux humains qui vont nous aider à percer leurs mystères », conclut le président.

Le tueur en série le plus efficace de la planète

Un enthousiasme partagé par Catherine Jessus, directrice de l’Institut des sciences biologiques du CNRS, qui prédit que « les retombées de l’Insectarium dépasseront l’IBMC et le cadre de Strasbourg. Souvent, ce sont de résultats fondamentaux que jaillit l’innovation ». Place ensuite à des considérations plus pratiques avec la menace que constituent ces moustiques, vecteurs de maladies pour nos territoires. Robert Herrmann, président de l’Eurométropole de Strasbourg, évoque ainsi des recherches derrière lesquelles il y a la résolution de drames humains. « Ce n’est pas neutre de voir arriver ces insectes dans notre vie quotidienne, cela pose des questions en termes d’urbanisme. » 

Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin, abonde : « Le moustique est la première cause de mortalité au monde. En tant que département, nous avons une responsabilité ». Pour Jean-Luc Marx, préfet de la région Grand Est et du Bas-Rhin, le moustique tigre est le tueur en série le plus efficace de la planète − après l’homme. Un moustique auquel il a eu affaire lorsqu’il travaillait à La Réunion. La cérémonie s’est achevée par une coupe de ruban à plusieurs ciseaux, avant de passer à la visite du bâtiment flambant neuf. Car une fois fermé, il ne sera plus question d’y organiser des portes ouvertes…

Marion Riegert

Des moustiques, des hommes et... des images

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